« Des connexions vivifiantes » Echos de la Journée des Relais

– 1 oct. 2019 –

Lors de cette journée, les participants ont l’occasion de se sentir en église. Les réflexions et les échanges autour de l’éducation et de la foi chrétienne sont rythmés par des chants, des documents audiovisuels et la prière en commun. L’accueil, la bonne humeur et la simplicité sont au rendez-vous. La Journée des Relais est une opportunité de renouveler la mission d’annoncer l’Évangile. De plus, l’eucharistie de la rentrée scolaire du dimanche 1 septembre a déjà présenté la thématique : comment être témoins de la foi dans un monde scolaire diversifié et sécularisé ?

  1. L’actualisation de la Parole.

Lors du premier exposé du matin, Florence pose le cadre théologique : l’Église existe pour les autres et pour chacun. Ainsi, être en conversation avec le monde d’aujourd’hui est nécessaire. La mission confiée par Jésus se réalise « ici et maintenant » par l’amitié avec les êtres humains, la nature et le cosmos. Déjà en 1964, suite au mouvement d’aggiornamento entamé par Vatican II, Paul VI invite les fidèles à participer à l’actualisation de la parole de Dieu. Face à une institution ecclésiale reléguée par la modernité, l’inculturation devient le mot d’ordre pour enraciner le message évangélique dans les sociétés d’aujourd’hui. Cet exercice a besoin d’un discernement pour mettre en place cette prière de Jésus : « Je ne te prie pas de les retirer du monde mais de les préserver du mal. » (Jn 17, 15)

Tout comme la tradition juive au III siècle avant notre ère entame un dialogue avec la culture grecque, par la traduction de la Bible connue comme « la septante », l’Église d’aujourd’hui est invitée à rendre audible et crédible son enseignement. Les perspectives qui soutiennent  la vie et la solidarité entre les humains portent des germes d’Évangile. Les discours totalitaires, les condamnations et les apologies à outrance, comme le fameux « hors de l’Église point de salut », sont quant à eux des barrières qui empêchent la rencontre avec l’autre. Jésus choisit un groupe de disciples et leur confie une mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Jn 20, 21) Le Nouveau Testament révèle le cadre d’humilité et souvent de persécution dans lequel les premières communautés ont accompli leur mission.

Dans le contexte actuel, la pastorale scolaire est confrontée à des défis de taille : comment rejoindre, dans le respect, des élèves qui viennent de cultures et religions différentes ? Comment susciter de l’intérêt chez les élèves pour les « questions ultimes » quand la société de consommation a une tendance à assoupir dans la superficialité ?  Comment secouer une certaine apathie ambiante qui passe à côté des enjeux majeurs de la société ?

  1. Vers une nouvelle contextualisation de la foi.

Dans le deuxième exposé de la matinée, Samuel donne quelques pistes pour répondre à ces questions dans les projets de pastorale scolaire. Il invite  à se situer dans une perspective d’avenir, à interpréter les faits culturels sans un jugement précipité et à construire ensemble un cheminement qui contribue à rendre plus vivante l’annonce de l’Évangile. La question de la spécificité de l’éducation catholique est incontournable et selon la réponse qui lui est donnée, la pastorale scolaire construit différents modèles d’action. Le pape François invite les éducateurs à sortir des sentiers battus : « … l’école a besoin d’une autocritique urgente, si nous constatons les résultats de la pastorale de beaucoup d’entre elles, une pastorale centrée sur l’instruction religieuse qui est souvent incapable de susciter des expériences de foi durables » (Exhortation Apostolique Post-synodale, « Il vit, le Christ, (Christus vivit), Fidelite, N° 221, p. 111, 2019).

À partir de différentes modèles herméneutiques et de communication, il y a diverses tentatives pour intégrer le christianisme et la culture au sein de l’école. Le début des années 90 consacre l’ère des valeurs. En effet, alors que les équipes de pastorale voient le jour pour soutenir les écoles face à la déchristianisation, le projet éducatif se constitue autour de la reconnaissance des quatre valeurs selon le Congrès de Bangkok de 1982 : le respect de l’autre, la créativité, la solidarité responsable et l’intériorité. Parce que le Christ a pleinement vécu ces valeurs, celles-ci doivent être vécues dans les établissements catholiques. Pour certains, cette tendance peut se présenter comme une nouvelle tentative de « confessionnalisation » déguisée. En réalité, le contexte actuel de sécularisation et d’indifférence religieuse pose de nouveaux défis aux écoles chrétiennes. Il est temps d’aller plus loin, d’oser le dialogue entre la culture et le christianisme, d’accepter le pluralisme comme une invitation à revisiter les racines de la foi chrétienne.

  1. L’inouï de l’Évangile.

Comment entamer un dialogue avec la postmodernité à partir de la tradition chrétienne ? Recontextualiser la bonne nouvelle de Jésus-Christ afin de la rendre compréhensible aux hommes et femmes d’aujourd’hui. Dans un environnement sécularisé, une équipe pastorale peut oser une attitude d’écoute à partir de la réalité des élèves, des professeurs et des parents et découvrir comment Dieu peut être présent là et en se gardant de toute tentative de récupération ecclésiale. Entamer un dialogue respectueux, poser des questions, ne pas prétendre avoir les réponses dans la doctrine et se laisser interroger par la différence, par l’indifférence et par l’ « athéisme » ambiant, ceci constitue un point de départ pour aborder les « questions ultimes ».  Quand la pastorale se laisse guider par l’Esprit Saint, et qu’un discernement suscite un dialogue dans les écoles, alors l’intérêt pour l’approfondissement du sens de la vie est cultivé dans la communauté éducative.

Des circonstances favorables existent qui permettent de mettre en place ce dialogue :

  • La culture des jeunes aujourd’hui est prise au sérieux.
  • Il n’y a pas de tabous qui empêchent de parler franchement.
  • Les instituions peuvent faire appel à des témoins qui enrichissent les rencontres à partir de leur expérience.
  • Il y a de références théologiques et des exhortations du pape François assez stimulantes pour oser une nouvelle contextualisation de la foi chrétienne. L’encyclique « Laudato Si’ » est un bon exemple :

« On a tous la même planète qui nous supplie d’être moins bête ».

Pour se laisser interpeller par l’identité de l’autre, il est nécessaire de se situer au départ. Le dialogue porte des fruits quand les parties qui se rencontrent ont des racines profondes. La spécificité chrétienne de l’école est une dynamique qui s’inspire d’une tradition et qui s’actualise dans des échanges avec des nouveaux contextes et avec des partenaires pluriels.

  1. Une question à approfondir.

Mais finalement c’est quoi l’inouï de l’Évangile ? Cette question nécessite une réflexion approfondie qui pourrait être le sujet d’une nouvelle Journée des Relais.

Le christianisme est une invitation à découvrir Jésus comme personne : Seigneur de l’Histoire et de l’histoire de chacun. Par sa grâce, il nous propose de gravir avec lui la montagne vers le Père (Abba). Pendant que le mal cherche à imposer rivalités et violences, Jésus de Nazareth propose la possibilité de vivre dans la liberté et la paix car le royaume de Dieu n’est pas de ce monde.

La source première pour connaître Jésus-Christ est la proclamation de l’Évangile (kérigma). La foi repose sur le témoignage d’un groupe de disciples, complices de la crucifixion de leur maître, qui sont devenus peu après des hérauts de son relèvement : « Dieu l’a ressuscité des morts : nous en sommes témoins » (Ac 3, 15).

Dans l’histoire humaine jaillit alors une nouvelle lumière qui contribue de manière décisive à fonder la dignité universelle des enfants de Dieu. « … il n’y a plus ni Juif, ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. » (Ga 3, 28) La résurrection de Jésus pose la question de la justice dans l’histoire. Articulé par la pensée religieuse hébraïque, le Nouveau Testament révèle une anthropologie divine. L’être humain, à partir d’une dimension transcendante, peut découvrir l’amour comme destinée.

  1. Une parole créatrice à l’école.

L’éducation sème de l’espoir. La mort n’a pas le dernier mot. L’être humain en tant que lieu d’expression et de rencontre peut établir une continuité entre la dimension physique et spirituelle. Les évangiles nous rappellent que la présence de Jésus crucifié est contenue dans la présence du Seigneur ressuscité.    

À partir de cette interaction, l’être humain peut s’envisager dans une perspective transcendante : la réalité est une donnée matérielle qui existe en même temps comme mise en scène spirituelle. Le christianisme est appelé à  imprégner l’histoire d’intentionnalité divine. Jésus est un homme avant tout préoccupé de Dieu et engagé dans la mission de mettre toutes les personnes à l’écoute de la Parole : «… le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1, 14). L’enseignement de Jésus se confirme par des signes de guérison. Ainsi l’école n’est pas le lieu pour développer de grandes théories sur la Résurrection mais bien pour manifester et partager des signes d’une expérience vivifiante. L’éducation a comme mission de créer un climat d’ouverture à la diversité de la vie, d’écoute de soi, des autres et de la nature.

Ainsi, la Journée des Relais offre aussi la possibilité de découvrir des expériences pastorales mises en place par différentes équipes en Belgique. Les participants peuvent interagir, questionner ou soutenir ce type de pratiques. Cette année, des coordinateurs ont présenté, entre autres, la pastorale diocésaine des jeunes de Bruxelles et du Brabant Wallon, le projet d’animation de retraites dans les écoles, une expérience d’intervention d’élèves dans un documentaire autour de la figure d’Etty Hillesum, le projet de jeunes d’écoles dans la marche Jai Jagat (du 25 au 27 mars 2020) pour le respect de la planète et des marginalisés… L’information est transmise dans un cadre de rencontres et d’échanges enrichissants. Cette dynamique se poursuit pendant le temps de midi autour d’un sandwich et l’après-midi dans des ateliers divers.

La Journée des Relais s’achève en point d’orgue dans une chapelle improvisée sur place qui invite à la  prière en commun. La Parole de Dieu préside la célébration, les chants accompagnent la méditation et chacun est invité à partager son expérience du jour à partir d’un objet choisi. Dans le cadre d’une formation pédagogique, c’est un des rares moments où les participants ont l’occasion de prier ensemble.

Merci à l’équipe: Florence, Adeline, Marie-Cécile, Alexandra, Jean-François, Samuel,  Claude… pour cette journée vivifiante. À l’année prochaine, j’espère :                                           

                                                                                                           Jorge Salazar Isaza                                                                

Professeur de religion

Lycée Martin V.